Le capitalisme responsable est le capitalisme du vivant ! par Caroline de la Marnierre, Fondatrice de l’Institut du Capitalisme Responsable

Où ira le capitalisme ?

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A l’heure où l’économie mondiale vit une mutation majeure sous la pression de la mondialisation et de la révolution numérique, le système capitaliste se trouve à la croisée des chemins. Galvanisé par les prouesses des GAFA, NATU et autres BATX, il peut être tenté de jouer son va tout technologique, de devenir un capitalisme augmenté, structuré par des processus gorgés d’intelligence artificielle et de « Big data », au service d’un marketing individualisé à l’extrême par le recours aux données personnelles. Un capitalisme opportuniste, sur un marché géré par des algorithmes accordant ou retirant leur confiance en une fraction de seconde. Il existe une autre voie, celle du capitalisme du vivant, en interaction et à l’écoute permanente de son écosystème, combinant performance financière et respect de nos grands enjeux, qu’ils soient d’ordre écologique, social ou encore sociétal. Ce capitalisme-là est fondé sur la symbiose, l’adaptabilité et l’équilibre dynamique. Il est inspiré de la biologie et produit de la valeur parce qu’il se nourrit du « vivant ». Grâce à cette intégration – totale – à son écosystème, le capitalisme du vivant se met progressivement en capacité d’apporter des solutions concrètes et efficaces aux enjeux de notre planète pour les toutes prochaines années. Il est à la fois vivant, responsable et contributif.

 

L’entreprise n’est pas une enceinte fermée qui achète, produit et vend. L’entreprise est  un dispositif vivant et dynamique qui prospère parce qu’il échange avec son écosystème.

Elle reçoit de celui-ci beaucoup de ressources, d’informations et de feedbacks. Que lui rend-t-elle ? Comment contribue-t-elle ? Longtemps périphérique, la question est posée avec toujours plus d’insistance par des citoyens  et des salariés qui veulent que les engagements des entreprises répondent aux leurs. Le salarié veut rester citoyen sur son lieu de travail parce qu’il est une seule et même personne. L’entreprise ne sera durable que si elle intègre cette fusion des univers, bref si elle contribue. 

A bien des égards, l’entreprise contribue depuis longtemps. On peut même affirmer que l’humanité lui doit d’être sortie de la pauvreté extrême. La richesse produite par habitant a bondi au moment de la révolution industrielle, c’est-à-dire avec l’essor de l’entreprise. Depuis 250 ans, c’est l’entreprise qui est à l’origine de l’essentiel de la valeur créée puis redistribuée, grâce aux profits, en salaires et en impôts, ces derniers  finançant indirectement la création d’écoles et d’universités, de centres de recherche, d’hôpitaux, de services publics.

Oui, mais. Au cours de deux siècles écoulés, nous n’avons pas tenu assez compte de toutes les conséquences de notre développement industriel : l’épuisement des ressources rares non renouvelables ou d’une consommation de ressources non renouvelables qui excèdent les capacités de la biosphère à les reproduire. C’est ce que l’on appelle l’empreinte écologique. Que nous l’ayons voulu ou non, les effets de nos actions dépassent largement ce dont le système économique actuel de comptabilité nationale ou privée garde la trace. En positif, comme en négatif.

L’entreprise des débuts ne mesurait ni ses externalités négatives ni  ses contributions positives. Les choses ont changé parce que la collectivité a intégré des enjeux majeurs comme les droits humains, le bien être au travail, la raréfaction énergétique, les inégalités ou encore le réchauffement climatique. Progressivement, elle a transformé cette vigilance en réglementations.

L’entreprise de 2018 est bien consciente de son devoir de responsabilité au service de plus de cohésion sociale, de partage, d’engagement et de créativité. Donc de richesse.

Elle sait que contribuer n’est pas une option philanthropique, c’est une nécessité vitale, une condition de sa prospérité, de son épanouissement et de sa survie. Et même de son leadership. Car en anticipant les réglementations, en les façonnant, les entreprises pionnières fabriquent les opportunités de business  de demain. Elles deviennent – aussi – des leaders d’opinion qui créent les modèles de responsabilité de demain.

Ce leadership se valorise. Lors des OPA, le goodwill financier montre qu’une entreprise vaut plus que la somme de ses composantes telles qu’on les saisit dans son bilan comptable. La plupart du temps,  les livres comptables ne mentionnent pas tous les actifs ou ressources immatériels de l’entreprise. Il peut s’agir de la réputation, de la solidité d’un territoire de fournisseurs avec lequel on a des relations de long terme reposant sur la confiance, d’un réseau de clientèle fidélisée par l’excellence des prestations ou par une politique active  de connaissance profonde des consommateurs.

Tous ces immatériels de contribution ne font pas l’objet d’une codification explicite mais ils doivent être pris en compte dans un raisonnement économique complet.

La cause est entendue : l’entreprise ne peut pas fonctionner comme si les conséquences de son activité pouvaient être cantonnées en son sein, comme si une paroi étanche existait entre le dedans et le dehors, comme si elle pouvait supprimer ses externalités négatives. A l’intérieur et à l’extérieur de son périmètre, des parties prenantes, toujours plus nombreuses, se mobilisent pour défendre à la fois leurs intérêts particuliers et leur conception de l’intérêt général. La prise en compte et la convergence de ces aspirations multiples forment ce qu’on appelle depuis cinquante ans la Responsabilité Sociétale de l’Entreprise, la RSE. Elle sert de cadre à la contribution.

L’entreprise contributive, c’est celle qui comprend qu’à sa frontière, à la limite qui sépare son « intérieur » de son « extérieur », existent des gisements de progrès dont il serait absurde de se priver.

L’entreprise est prête. Elle possède les moyens de sa mutation. Immergée dans la société civile, son nouveau partenaire stratégique, elle est mobilisée bien au delà de ses missions traditionnelles. C’est un organisme vivant, sensible, équipé de capteurs à l’affut des signaux faibles que lui adresse l’extérieur, et qui l’aident à être plus proactive, à anticiper. Délaissant progressivement la structure pyramidale et l’organisation en silos, l’entreprise devient le cœur d’un réseau de parties prenantes qui sont autant de capteurs. Elles s’irriguent les unes les autres pour construire une performance entièrement nouvelle, la performance contributive. Désormais, les entreprises les plus avancées dessinent chaque initiative RSE afin qu’elle s’intègre dans leurs opérations et tire leur croissance. Elle est même un instrument de gestion des risques tant la négligence des enjeux sociétaux peut coûter cher en réputation

Conscientes du recul des Etats et des puissances publiques, certaines entreprises ont décidé de contribuer encore plus. Une nouvelle répartition des missions se profile. Les états, qui voient leurs ressources financières se raréfier, continuent à réguler mais ils modifient leur mode d’intervention. Pour faire avancer leurs grandes causes environnementales ou sociales, ils nouent des partenariats avec les entreprises qui veulent s’impliquer plus sur les territoires de la responsabilité et de la philanthropie.

Les Etats s’en remettent aux savoir-faire et au sens de l’innovation des entreprises, à leur capacité de déceler les technologies, les talents et les financements qui permettront de changer progressivement de modèle. L’impulsion politique reste indispensable et avec l’entreprise, elle a trouvé un relais décisif. La dynamique inverse est également possible : quand l’impulsion d’entreprises pionnières débouche sur la généralisation d’initiatives vertueuses et efficaces, l’état intervient dans un second temps pour asseoir ces pratiques et les inscrire dans un cadre réglementaire pérenne. Dans tous les cas, la contribution de cette entreprise est majeure, structurante, bien au delà de la sphère économique.

En contribuant et en entrant dans le monde du vivant, l’entreprise se dépasse et se renforce. En articulant plus étroitement ses causes sociétales avec son activité principale et son besoin d’être profitable pour investir, l’entreprise construit une nouvelle empreinte sur la société et l’environnement. Elle ne fait plus qu’un avec elle, un tout, et alors sa contribution et sa stratégie se confondent, naturellement.

Caroline de la Marnierre
Fondatrice et Directrice Générale de l’Institut du Capitalisme Responsable
Présidente Fondatrice de CAPITALCOM

 

 

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