Il est temps que les entreprises se préoccupent de la mobilité de leurs salariés. Aude Launay, Flexy Moov

Il parait qu’avec des « si », on mettrait Paris en bouteille. Et bien avec des « si plus d’entreprises utilisaient une flotte multimodale décarbonnée, Paris et d’autres grandes villes seraient plus respirables et moins embouteillées ». Et les salariés verraient l’une de leurs attentes adressée : celle de pouvoir utiliser le moyen de transport qu’ils souhaitent pour aller au travail.

Aude Launay est une intrapreneure qui, observant de nouvelles interrogations en entreprise, dans la Société en général, et chez le salarié a décidé d’y trouver des réponses, à travers la création d’un nouveau modèle d’affaires. Et Flexy Moov est née. Le processus n’a pas été aussi simple, mais le résultat est là. Besoin de mobilité et de flexibilité, trop de véhicules entrainant embouteillages, pollution et des coûts inutiles : cette startup ambitionne de proposer des solutions de mobilité qui répondent à tous ces enjeux – il s’agit évidemment d’une mobilité décarbonnée et partagée.

Au moment où nombre d’entreprises préparent le déconfinement et le retour au travail de leurs salariés, la question est d’autant plus d’actualité : les entreprises ont besoin de leurs forces vives au travail, et les salariés se demandent comment ils vont bien pouvoir s’y rendre. C’est à cette occasion que Aude Launay a exposé sa vision, à travers une tribune parue dans le Cercle Les Echos. Pour elle, si le déconfinement, même progressif, va de pair avec un retour de la circulation à la normale, on aura perdu une occasion de revoir nos modes de transports, dont un en particulier : la mobilité d’entreprise.

Voici la tribune :

Repensons la mobilité d’entreprise de l’après-confinement

Avec ce terrible épisode de confinement, et même déjà avec la grève trop récente, certains d’entre nous ont appris à travailler différemment. Après avoir laissé nos voitures et déserté bus, vélos et autres trottinettes, nous pourrons aussi envisager nos déplacements quotidiens avec un regard neuf. Nous aurons admiré un ciel pur et respiré – de nos fenêtres – un air moins chargé de relents de pots d’échappement.

Pourquoi ne pas profiter de ces changements brutaux pour repenser une mobilité réellement propre, multimodale et inclusive, avec les entreprises ? Les Municipales ont mis un coup de projecteur sur le vélo. L’intérêt des citoyens et les plans vélos vont faciliter l’émergence de nouvelles habitudes. On ne peut que s’en réjouir, même si les projets de pistes cyclables et de subventions pour l’achat de vélos laissent souvent de côté le sujet du partage. Pourtant, nous sommes prêts ! Si le vélo n’est qu’une petite partie de la mobilité décarbonée, et le vélopartage public, qu’une petite partie du partage, ils ont néanmoins comme avantage de nous avoir ouvert à une autre forme de mobilité.

Tous les feux sont au vert : les entreprises doivent accompagner le changement de paradigme de la mobilité

Propreté, qualité, disponibilité : il est difficile d’imaginer une solution viable pour les trajets professionnels avec ces modes de transports partagés en free floating, qui restent donc ciblés grand public. Or les salariés sont prêts à tester d’autres formes de mobilité, et attendent de leurs employeurs qu’ils leur proposent une mobilité décarbonée. Déjà, avant la crise, l’observatoire Cetelem 2020 sur La fracture automobile révélait que 43 % des Français étaient prêts à ne jamais ou plus jamais posséder de voiture. Et une étude Opinion Way-Athlon avait révélé que la mobilité durable est une demande de 63 % des employés.

Mettre en place une politique de mobilité durable permet à l’entreprise de participer à la décarbonation de son activité, comme encouragé par la loi LOM. Et le plan de mobilité prévoit que les entreprises de plus de 50 salariés mettent en place des mesures comme l’autopartage. En favorisant le partage de véhicules propres, ou même de ses véhicules de service, l’entreprise répond aux attentes des collaborateurs en contribuant à améliorer leur qualité de vie au travail. Et l’autopartage permet de réduire de 30 % en moyenne le nombre de véhicules d’une flotte – et donc les coûts associés.

Proposer la mobilité partagée peut contribuer à changer la vie des professionnels

41 % des employeurs estiment ne pas bien connaître les solutions de mobilité durable, selon l’étude Opinion Way-Athlon. Voiture, scooter, vélo ou trottinette électrique : une flotte multimodale électrique et partagée, implantée sur les parkings des entreprises, peut pourtant offrir des solutions inédites.

Même s’il est peu probable que nous ayons dans un futur proche la main sur le nombre de jours télétravaillés, peut-être pourrons nous facilement choisir notre mode de déplacement pour nous rendre au travail ou pendant la journée de travail ? Comme rappelé par l’enquête de l’institut de recherche sur les mobilités Forum Vies Mobiles : le travail est le premier motif de déplacement du quotidien, et, en plus de leur trajet domicile-travail, 40 % des personnes se déplacent quotidiennement ou presque, parcourant jusqu’à 100 km par jour ! De plus, des flottes partagées pouvant être utilisées le weekend ou le soir permettaient aux salariés de se passer de leur 2e voire de leur unique véhicule – une économie majeure pour les ménages.

Aux entreprises d’imaginer et offrir à leurs collaborateurs une multi-modalité « sans couture », avec des outils digitaux qui permettent de disposer de moins de véhicules, mieux utilisés, via les applications qui permettent la réservation à distance, l’accès au véhicule et l’assistance.

Trois conditions doivent être réunies pour que les salariés bénéficient de ces nouvelles solutions de mobilité d’entreprises

D’abord, elle doit être flexible. Les collaborateurs ne raisonneront plus en mode « voiture personnelle » ou « véhicule partagé » pas plus qu’en « métro ou scooter » : on peut aller au travail en bus, avoir besoin de faire une course en scooter dans la journée, aller voir un client en dehors du maillage de transport urbain, un jour de pluie on utilisera une voiture, et s’il fait beau, un vélo.

Ensuite, elle doit être inclusive : il est indispensable pour les entreprises d’adopter, enfin, une politique de mobilité pour tous – et pas uniquement certains élus. Les flottes de véhicules classiques sont par essence inégalitaires, proposées aux salariés qui interviennent sur site, ou comme moyen de récompenser les cadres, avec un fort aspect statutaire.

Enfin, elle doit pouvoir soutenir l’activité de l’entreprise, pas grever ses budgets. La « reprise » que nous attendons tant, si elle se passe sans changement majeur, y compris dans la façon dont les entreprises considèrent la mobilité, ne fera que confirmer le fait que les solutions « hors sol » en termes de coût seront vite balayées.

La perspective de sortie de crise liée au Covid-19 offre un formidable levier aux entreprises pour initier des actions de rupture, comme celle de repenser drastiquement la mobilité de leurs collaborateurs, dans un esprit de solidarité des bénéficiaires et en résonance avec de nouveaux choix de société.

Aude Launay est fondatrice et PDG de Flexy Moov.

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