Après le rapport NOTAT SENARD, « que faire ? »par Patrick d’Humières

Les grands rapports ont toujours préparé les grandes réformes, même si beaucoup n’ont servi qu’à changer l’état des consciences. Ils ont pour vocation essentielle de remettre au centre de gravité de la Société des évolutions nécessaires, étouffées par les tensions entre les anciens et les modernes.  Le Rapport Notat Senard pose une pierre d’angle majeure au-dessus des controverses qui écartèlent l’idée d’entreprise en France, bloquée depuis que le CNPF a refusé « le double projet » d’Antoine Riboud, entre contempteurs du tout-marché qui ne jurent que par les dividendes économiques du progrès et les tenants de la régulation qui veulent concilier profit et responsabilité.

Il est vrai que la RSE qui s’est introduite en France par effraction, grâce à quelques groupes pionniers, a bénéficié d’un sérieux coup de pouce avec la crise de la mondialisation, l’alerte climatique et l’arrivée des millenials qui voient s’installer avec angoisse une économie sans maître, si ce n’est la course à la taille et au bénéfice, qui ne les satisfont pas.

On trouvera dans ce rapport une mise au point très balancée, fruit de l’écoute des acteurs la plus large possible, qui constituera à n’en pas douter la référence sur le projet entrepreneurial pour le 21°siècle et la meilleure proposition qui soit pour rénover notre droit des sociétés, tout en renvoyant à la gouvernance des entreprises leur responsabilité propre sur la qualité sociétale de leur stratégie.

Puisse cette vision installer un nouveau consensus français sur « l’entreprise en Société », et clôturer une séquence historique qui nous a fait perdre beaucoup d’énergie collective. On est en droit d’espérer de cette réflexion qu’elle aide l’économie française à rentrer mieux et plus vite dans « le modèle durable » qui s’impose comme celui du monde qui vient. Et qu’on cesse de suivre en Europe un modèle friedmanien qui reste un détournement du projet entrepreneurial au profit de quelques uns, ce que JK Gabraith avait déjà expliqué et que les financiers ont occulté jusqu’à ce que les pénalités de la dernière crise (350 milliards !) ne remettent en question la survie de l’édifice…

Trois catégories sont particulièrement interpellées par ce rapport :

  • Les parlementaires, d’abord, pour qu’ils transcrivent vite les recommandations législatives, sans les dénaturer, car l’équilibre trouvé autour de « l’intérêt social de l’entreprise » concilie bien les deux dimensions, collectives et privées.
  • L’autre catégorie concernée est la communauté des administrateurs et des dirigeants d’entreprise qui n’ont plus à s’interroger indéfiniment sur l’opportunité de « considérer » ou non les impacts et qui se voient réclamer une vision de long terme, garante de la pérénnité et de la durabilité du projet. C’est là que se situe la charnière du changement : le plafond de verre au sommet est encore le plus rétif et n’hésite pas à faire pardonner son cynisme par de la philanthropie consentie, comme on le fait si bien outre-atlantique…
  • La troisième catégorie concernée est celle des « acteurs sociétaux » qui sont appelés à jouer la carte des coopérations et des coalitions pour co-construire des stratégies
    économiques et sociales intelligentes et progressives, susceptibles de traiter les grands enjeux collectifs du moment, ce qui ne les empêche pas de dire ce qui est et ce qui ne va pas !

Il est important que ce rapport soit lu et considéré par la communauté économique, car si l’entreprise est pour partie la solution des problèmes du monde, et si beaucoup de groupes ont fait remonter la durabilité dans leur modèle, comme le rappelle le Rapport, au final nous savons « qu’il n’y aura pas d’entreprise qui gagne dans un monde qui perd ».

Il y a une philosophie politique qui émane de ce travail et qui est largement celle inspirée par le Chef de l’Etat : que les dirigeants choisissent la logique contractuelle et cessent de se retrancher derrière la norme publique pour « faire leur job », facilité politique pratiquée depuis des décennies. On espère que le nouveau président du Medef fera sienne cette doctrine et aura à cœur de la promouvoir au sein de Business
Europe, pour que le modèle durable soit harmonisé en Europe et transformé en atout compétitif.

Jean-Dominique Senard l’a rappelé souvent dans ses présentations : il faut s’approprier cette nouvelle définition de l’entreprise, permettre aux « entreprises à mission » de s’exprimer, faire rentrer « la raison d’être du projet » dans les Conseils, pour avoir toutes les chances de rallier nos partenaires européens à ce « capitalisme rhénan » qui est aussi un « capitalisme des parties prenantes », même si le mot a été renvoyé aux bonnes pratiques. L’Europe trouvera sa maturité politique autour d’une démocratie réelle et d’un socle de droits sociaux communs, mais aussi en promouvant « une économie de marché responsable », parfaitement concurrentielle et en tout cas plus digne de confiance et attractive que le classement de Fortune. Ce message que l’on croyait improbable est devenu possible. A nous de le rendre effectif et convaincant.
Patrick d’Humières, Académie Durable international -www.academie- durable.org
pdh@company21.fr @pdhumieres

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