Il est temps pour moi d’évoluer. Par Grégory Pouy

Viser l’entreprise contributive commence par une étincelle humaine. Toujours. Parfois, c’est un chef d’entreprise qui réalise qu’il va falloir « changer la roue en roulant », car on ne peut plus continuer à produire en prédateur comme on le fait aujourd’hui – même si « ça rapporte » encore. Parfois, c’est un entrepreneur qui est convaincu que oui, un autre modèle d’affaire est possible, et qui, ex nihilo, crée une entreprise viable tout en étant le plus possible alignée avec les faits scientifiques et les recommandations du GIEC. Et le bon sens tout simplement. D’autres fois, c’est un salarié qui fait prendre le virage à son entreprise de l’intérieur. Si les moteurs de l’action peuvent être plus ou moins coercitifs ou pragmatiques, dans tous les cas, tout part de la force de conviction d’une personne. Une personne qui aura réfléchi, mais qui aura aussi un ressenti, du fond de ses tripes. Une personne qui sait que elle non plus ne peut plus, à titre d’individu, en tant que citoyen ou salarié, continuer comme avant. Une personne qui recherche l’alignement. C’est de là que partira son énergie.

En lisant sur Linkedin le post de Gregory Pouy, que nous connaissons par ailleurs pour son excellent podcast VLAN, sur lequel il analyse la manière dont la société évolue et comme nous pouvons recréer du lien (à soi, aux autres et à la nature), nous avons eu envie de le partager largement : Gregory, un vrai pro du marketing, fait partie des gens qui ont fait leur mue. Et qui veulent mettre leurs compétences, leur talent et leur énergie au service d’autre chose que le modèle qui a été imposé au monde entier et qui, de toute évidence, n’est pas pérenne. Gregory accepté de partager le fruit de ses réflexions, ses doutes ainsi que ses engagements, tels qu’il les as exprimés le jour de son anniversaire, le 2 décembre dernier. En espérant que ce témoignage vous inspirera.

A toi Gregory :

Aujourd’hui c’est mon anniversaire. J’ai 43 ans. Ce n’est pas particulièrement un âge pivot comme peut le représenter un changement de décennie, mais il marque un tournant pour moi. Les évolutions sont lentes et il m’a fallu du temps pour passer d’une étape à l’autre.

A travers cet article, je souhaite partager avec vous les pas que j’ai fait, mes questionnements mais aussi mes doutes. Je n’ai pas fait de bilan de compétences pour en arriver là, je n’ai pas eu d’illumination au milieu de la nuit non plus, j’ai juste suivi ma route tranquillement.

Au risque de vous décevoir, je ne vais pas vous annoncer que je deviens professeur de yoga ou coach en développement personnel. Je n’ai rien contre ces professions bien sûr, elles ne sont simplement pas sur ma route pour le moment.

Le changement est peut-être plus subtil, mais pas moins profond.

Se réconcilier avec ses contradictions sans tout envoyer balader

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Vous arrive-t-il de vous demander comment aligner vos questionnements personnels et votre activité professionnelle ? Cette question, je me la pose depuis des années, mais elle s’impose aujourd’hui avec force.

Durant ces 20 dernières années, je suis passé du marketing opérationnel chez l’annonceur au marketing stratégique en agence pour finalement travailler en indépendant depuis huit ans. J’ai développé une expertise forte sur le marketing à l’ère digitale.

Dans le même temps, j’ai créé mon blog, appris énormément grâce aux nombreuses personnes qui ont eu la gentillesse de partager avec moi leurs connaissances et leurs expériences. J’ai accompagné beaucoup de marques dans leur transformation digitale en France, mais également à New York City lors de mes trois années passées là-bas. Mes conférences m’ont aussi amené à donner des cours dans de nombreuses écoles et régulièrement à Dauphine et HEC. J’ai pu construire des liens solides avec les dirigeants de belles marques et obtenir leur confiance. Cela a beaucoup de valeur pour moi qui me suis émancipé par le travail.

Aujourd’hui, je suis crédible sur mon métier, j’ai réussi à atteindre une certaine forme de « succès ». Néanmoins, mon activité est de moins en moins alignée avec ma compréhension du monde.

A la fin de ma vie, pourrais-je être fier d’avoir permis à des marques d’obtenir plus de followers sur Instagram ou de vendre plus de produits ? Je grossis le trait mais si, comme moi, vous avez les deux pieds dans le business, cette contradiction vient probablement vous gratter le cœur de plus en plus régulièrement.

Ne vous méprenez pas, je suis fier de tout le chemin parcouru et de mon travail, mais mes KPIs (Key performance indicators) personnels ne sont plus les bons, j’ai besoin de me concentrer sur une création de valeur, qui a du sens pour moi.

Car évidemment, dans le même temps, j’ai, comme beaucoup de personnes, essayé de mieux comprendre ce à quoi j’aspirais. Je n’échappe pas moi non plus à cette question fondamentale, en particulier dans ce contexte où nous vivons autant de ruptures parallèles. Il est difficile d’ignorer que l’humanité doit faire face au plus grand défi qui ne lui a jamais été donné de relever.

Difficile de ne pas réaliser aussi que mon métier, exécuté comme je le pratique, participe au problème plus qu’il n’aide à le résoudre. N’étant pas de nature cynique, je ne peux donc pas continuer comme si de rien n’était.

Alors bien sûr, on trouve tous des petits arrangements pour justifier notre manière de vivre. « Si ce n’est pas moi, ça sera quelqu’un d’autre », « pourquoi ça devrait commencer par moi », « je fais juste parti d’un engrenage et tout cela est plus grand que moi », « je fais des efforts, je suis devenu flexitarien et je ne prends plus ma voiture »… Bref, les manières de ne pas changer sont nombreuses et ont fait l’objet d’un épisode sur mon podcast d’ailleurs:

De mon côté, ma raison d’être personnelle est inscrite depuis longtemps en moi : rendre les personnes autour de moi plus heureuses et mieux dans leur vie.

C’est simple et c’est toujours de cette manière que j’ai construit mes relations personnelles et professionnelles. Faire de la formation, aider un CEO (Chief Executive Officer), un CDO (Chief Digital Officer) ou un CMO (Chief Marketing Officer) à construire sa stratégie, permet de rendre ces personnes un peu mieux dans leur vie. Après tout ça fonctionne. Mais est-ce que cela fonctionne vraiment ?

J’ai débuté une profonde introspection à travers des thérapies diverses et variées, car je crois dans la puissance de l’expérience. Par conséquent, en même temps que j’accompagne de grandes marques sur leurs raisons d’être et leurs valeurs depuis plusieurs années, je chemine sur moi-même. Je crois que c’est ce travail personnel en sous-marin qui m’a toujours permis d’être crédible et pertinent pour mes interlocuteurs.

Apporter des solutions en s’appuyant sur ce que je fais de mieux

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En lançant mon podcast, Vlan, il y a presque trois ans, j’ai commencé naturellement par parler de marketing, puis tout doucement j’ai glissé vers mes aspirations profondes : la compréhension de la manière dont la société évolue.

Ma curiosité m’a toujours amené vers la sociologie ou tout du moins la compréhension des autres. Mon esprit de synthèse m’a permis de rendre accessible des problèmes qui pouvaient sembler complexes. Et enfin ma générosité et mon extraversion m’ont amené à aller au-devant des autres pour partager ce que j’avais appris ou compris. C’est ce que je fais de mieux, mais comment utiliser cela autrement ?

Depuis deux ans, ce podcast est devenu une (en)quête personnelle. Une enquête sur la manière dont la société évolue, une quête pour savoir comment envisager le reste de ma vie. Comment mettre à profit mes qualités, le réseau que j’ai développé sans nécessairement tout sacrifier ?

Parce que la question est là, je suis de bonne volonté mais j’aime ma vie à Paris, je n’ai pas prévu de vivre dans une hutte ni de dire facilement adieu au confort que j’ai difficilement gagné. Alors qu’est-ce que je change ?

Au fur et à mesure de mes conversations, j’ai réalisé que ce qui nous manquait cruellement, c’est du lien. Le lien à soi, le lien aux autres et le lien à la nature. S’il y a bien une chose que l’on partage toutes et tous, c’est bien la solitude. Alors j’essaie de faire évoluer les mentalités à mon petit niveau, via le média que j’ai créé ou les discussions que je peux avoir ici ou là.

Le défi climatique auquel nous devons répondre d’une manière ou d’une autre a été causé par la perte de ces liens.

Le mythe de la société moderne nous a amené à cette situation. Par beaucoup d’aspects, cette dernière est bien meilleure que n’importe quelle autre période de l’humanité. Toutefois, il est évident que les impacts ne sont pas soutenables pour la planète. Par ailleurs, si nous vivons dans une société de « bien vivre », nous sommes loin d’une société de « bien-être » que l’on nous avait promis avec l’avènement du capitalisme.

Aujourd’hui, on nous explique partout, dans les films, les magazines, les séries, à longueur de flux Facebook ou Instagram, que le bonheur est équivalent au succès, c’est-à-dire amasser de l’argent, du pouvoir et des biens. Et en même temps, on nous culpabilise chaque fois que l’on essaie d’aller dans la direction de cette conception du bonheur. Autrement dit, on admire la personne sur son yacht au milieu d’une eau turquoise, mais toi, on t’interdit de prendre ta voiture et on t’oblige à trier tes déchets.

Cette contradiction, que je trouve particulièrement insupportable, amène à une situation de prise de conscience des problèmes et en même temps à un immobilisme de groupe.

Je me suis donc demandé comment nous pouvions faire bouger les choses et trouver des solutions viables. Sur mon podcast, je reçois beaucoup de chercheurs, d’universitaires ou de personnes de la société civile. Depuis quelques mois, je m’entretiens avec des politiques comme François Hollande et j’ai des conversations avec des patrons iconiques comme Pascal Démurger, le PDG de la MAIF.

Pour structurer mes réflexions de ces 2 dernières années, et ces rencontres, j’ai décidé d’écrire un livre dont je vous parlerais bientôt dans le détail. En plus de mon podcast, ce livre, qui est étape dans ma quête et un nouvel acte politique, me permet d’aller dans la direction qui me semble être la bonne. Mais je veux aller plus loin.

L’entreprise comme fer de lance de la transformation nécessaire

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En réalité, j’ai déjà entamé ma mutation depuis un moment et, avant même de savoir quelles actions entreprendre, il s’agit d’un changement d’état d’esprit. Une nouvelle forme de transformation en somme. Au sein du triptyque constitué par la société civile, les politiques et les entreprises, je suis convaincu que ces dernières joueront un rôle central dans la transition qui doit être menée. Le dernier ouvrage de Marc Benioff, Trail Blazer, fondateur de Salesforce l’annonce avec un sous-titre fort : les entreprises sont la meilleure plateforme pour le changement.

D’après une étude de Carbone 4, nous savons que même si tous les français étaient exemplaires dans leurs modes de vie, cela ne représenterait que 25% de l’effort nécessaire. Le reste c’est « le système » et donc les entreprises principalement. Il est donc logique pour moi de souhaiter mettre toutes mes compétences pour aider à faire grandir les entreprises.

Il y a énormément d’acteurs positionnés sur l’accompagnement RSE des marques. Je pense entre autres à Elisabeth Laville et sa société UTOPIES, que j’ai reçue sur mon podcast d’ailleurs. De même, je connais bien la blockchain et les impacts qu’elle peut avoir sur une meilleure maitrise de bout en bout d’une chaine logistique. Toutefois, je ne vais certainement pas m’improviser expert du déploiement de solutions techniques.

Mon savoir-faire réside dans la réflexion, la transmission et la génération d’intelligence collaborative. J’ai accompagné de grands groupes dans leur « transformation digitale » c’est-à-dire principalement un changement d’état d’esprit puis une évolution de stratégie, d’organisation et de process. J’ai désormais le souhait de les aider dans cette nouvelle transformation qui est essentielle : je suis en train de développer une série de keynotes et de méthodologies pour accompagner les marques en ce sens.

Quand j’ai passé le permis moto, une des choses que j’ai appris, c’est que quand on regarde un obstacle, on finit par rentrer dedans. La seule manière de l’éviter est de regarder la trajectoire de sortie. Il nous faut donc bâtir de nouveaux récits sur ce qu’est le bonheur ou encore le succès, redéfinir la croissance, la performance, la gouvernance et de manière plus générale ce que c’est de vivre au 21ème siècle.

Dans ce cadre, je crois que le marketing a un rôle central à jouer dans le changement que les marques ont besoin d’opérer, car nous avons besoin d’un nouveau récit. Les marques savent raconter des histoires et ont les moyens de le faire. Encore faut-il être juste et aligné pour éviter le greenwashing. C’est tout l’enjeu.

Je suis convaincu que nous pouvons tous ensemble construire un modèle de société durable et responsable.

Je trouve cette perspective très réjouissante et favorisant l’empowerment de l’ensemble des salarié.e.s d’une entreprise. Un nouveau pacte social qui doit passer par une raison d’être forte, un management mobilisé, une nouvelle gouvernance, de nouveaux KPIs et des pionniers dans l’entreprise.

Depuis la création de mon blog « Sortir du cadre » en 2005, j’ai toujours invité les personnes qui me lisaient et, à fortiori celles avec lesquelles je collaborais, à penser de manière différente les problèmes auxquels elles devaient faire face.

Nous sommes devant le plus grand défi : comment allier performance et responsabilité. C’est ce défi que je veux vous aider à relever à mon humble niveau afin de permettre à mes interlocuteur.trice.s d’être aligné.e.s au niveau personnel par le professionnel.

Gregory Pouy, VLAN le podcast, La Mercatique


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