Les entreprises doivent se mettre sur la voie du zéro déchet ! par Alexis Lemeillet et Mathieu Labro, Take a Waste

Les déchets sont le résultat inévitable de nos achats : tôt ou tard, tout ce que nous achetons et consommons finira par être jeté. Ceci est vrai pour un individu comme pour une entreprise, et ce sujet des déchets pose finalement deux questions :

  1. D’abord, quel est le rapport d’une entreprise à la fin de vie des produits qu’elle achète ? Choisit-elle de « fermer les yeux » sur cette fin de vie, ou bien au contraire choisit-elle de l’organiser au mieux ?
  2. Deuxième question, plus fondamentale encore : quels sont les vrais besoins matériels d’une entreprise ? Quels sont, parmi les achats d’aujourd’hui, ceux qui sont indispensables ou de « première nécessité » ?

La réponse à ces deux questions doit déterminer toute la politique – et toutes les pratiques – de prévention et gestion des déchets d’une entreprise.

« Encore de gros efforts doivent être fournis par les entreprises concernant la gestion de leurs déchets »

Lorsque nous parlons de déchets des professionnels, nous entendons les déchets produits par les salariés sur le site mais aussi – et surtout – les déchets liés à l’activité de l’entreprise. Appelés déchets d’activité économique (DAE), la nature du gisement varie selon l’entreprise. Une partie est dite « ménagers assimilés » car elle correspond à des déchets que des ménages peuvent produire, une autre est inerrante au secteur d’activité de l’entreprise comme par exemple les déchets d’activité de soins à risques infectieux (DASRI) pour les établissements de santé. Les DAE (hors BTP) et les déchets ménagers assimilés représentent respectivement 18% et 2,2% de l’ensemble des déchets générés en France. Au total se sont 66,1 millions de tonnes de déchets issus de l’activité des professionnels.

·        Peu, voire pas de tri

Si les décrets « 5 flux » et « biodéchets » rendent obligatoire le tri des principaux déchets que les professionnels peuvent produire, peu d’entre eux les respectent. La gestion des déchets n’est encore pas une priorité pour certaines entreprises qui ne mettent pas en place le tri, contribuant ainsi aux presque 30 millions de tonnes de déchets stockés (enfouis) en France tous les ans.

Pourtant, le tri et par conséquent le recyclage, permettent de réduire l’impact des déchets sur l’environnement. Des ressources naturelles sont préservées et de l’énergie économisée. Chaque année en France, le recyclage évite à 23 millions de tonnes de CO2 d’être émises.

·        Impossibilité de poursuivre ses engagements en entreprise 

S’il est clair à la maison qu’une bouteille en plastique ne se jette pas avec les ordures ménagères, tout devient plus confus en entreprise et le geste de tri devient plus compliqué. Cette difficulté à trier sur son lieu de travail peut s’expliquer par des solutions de tri peu ou pas disponibles. Des déchets sont générés à tous les niveaux de l’entreprise ; on devrait donc pouvoir observer des poubelles de tri à chacun de ces niveaux. Pourtant, nous sommes prêts à parier que vous qui lisez cet article n’êtes pas en mesure de trier tous vos déchets sur votre lieu de travail.  

·        Pas de réduction à la source

La réduction des déchets, à la source, est la mesure qui s’impose comme la seule solution répondant pleinement aux problématiques posées par les déchets. Comme on aime le rappeler : « le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas ». En effet, tout au long de son cycle de vie, que ce soit lors de sa production, de son transport ou de son usage, tout produit implique une consommation de ressources et / ou d’énergie. C’est pourquoi envisager la question des déchets sous le seul angle du recyclage n’est pas durable car la réduction d’impact environnemental ne sera toujours que relative.  

« Sur la voie d’une meilleure gestion des déchets, les entreprises doivent focaliser leurs efforts sur quatre étapes clés »

·        La mise en place du tri

Le tri au sein d’une entreprise doit permettre de valoriser un maximum de déchets. Une solution de tri efficace devrait capter chaque déchet à tous les niveaux : partout où un déchet peut être généré, une poubelle dédiée à récupérer ce déchet devrait être mise à disposition.  Au-delà de réduire le volume d’ordures ménagères résiduelles jusqu’à 80 %, le tri entraine une prise de conscience. Réfléchir à l’endroit où l’on va jeter son déchet, c’est réfléchir au geste que l’on fait.

·        Une gestion plus locale des déchets 

Les prestations locales de collecte et de traitement doivent être priorisées. Au-delà de la réduction d’impact environnemental, le réel intérêt réside dans le fait que gérer localement les déchets devient un prétexte pour animer le tissu local. Des liens peuvent être créés avec les écoles et les associations. Celles-ci peuvent encourager le réemploi des déchets pour qu’ils n’intègrent pas les chaînes de valorisation trop tôt ou favoriser l’intégration des personnes en situation de handicap. Dans certains cas des emplois peuvent être créés et des associations voient le jour. Enfin la collecte représente en moyenne 50% des coûts, et une gestion locale permet d’assurer qu’ils soient maîtrisés.

·        Une sensibilisation des parties prenantes

Un système de tri ne sera jamais efficace si les personnes qui lui font face n’ont pas intégré les enjeux et compris son fonctionnement. Le déchet passera dans les mains d’un collaborateur avant d’être jeté. Il faut donc s’assurer qu’il le soit, mais dans la bonne poubelle. La sensibilisation devrait s’étendre à toutes les parties prenantes de l’entreprise. Ainsi un travail peut être fait aux côtés des fournisseurs pour réduire en amont les déchets et aux côtés des clients pour soutenir l’initiative.

·        La réduction des déchets 

La réduction progressive des déchets est indispensable à un réel engagement pour l’environnement : les solutions de tri et la gestion de proximité ne font que limiter les impacts. Ce travail doit être fait en questionnant l’utilité des objets tout en cherchant des alternatives zéro déchet. Remplacer des bouteilles d’eau individuelles par une fontaine à eau peut être une solution. C’est aussi le cas par l’utilisation de récipients consignés plutôt qu’à usage unique…

Peu à peu le questionnement doit s’étendre à l’ensemble de l’entreprise, voire même au-delà en envisageant ses partenaires commerciaux selon qu’ils proposent des solutions génératrices de déchets ou non. 

« A terme, nous visons une vraie réduction des impacts »

Pour viser une vraie réduction d’impact environnemental, il faut se « défocaliser » de la fin de vie et envisager, en amont, la réduction des déchets.

Les politiques publiques tendent à encourager la réduction des déchets par des mesures d’interdiction de mise en vente sur le marché, et donc d’achat, de certains produits. Ces mesures visent aujourd’hui majoritairement des produits en plastique à usage unique comme les pailles, les gobelets ou encore la vaisselle. Une grande partie des déchets largement évitables est encore laissée de côté : de ce point de vue, on ne peut que souhaiter que la loi aille, un jour, beaucoup plus loin.

A titre individuel, la vraie bascule vers le « zéro déchet » intervient au moment d’une prise de conscience : la prise de conscience que beaucoup de nos besoins sont artificiels et relèvent d’une consommation sociale, voire ostentatoire. Ceci est aussi applicable aux entreprises : par exemple, certaines cliniques, pour faire « plus chic », délivrent des collations à emporter en sortie d’ambulatoire aux dépens du classique verre de jus de fruit ou yaourt. On observe la même tendance dans l’hôtellerie, qui propose des chaussons à usage unique par souci de standing alors que s’ils n’étaient pas là, personne ne les réclamerait. Alors du côté des entreprises, quoi de mieux pour réduire ses déchets que d’éviter les achats inutiles ? Les produits à usage unique, suremballés ou encore ceux dont l’obsolescence programmée contraint de les renouveler tous les deux ans peuvent facilement être évités. Il faut se questionner sur leur utilité et envisager les alternatives qui florissent en France (seconde main, réparation, produits « durables », etc.)

Enfin, pour une entreprise, se tourner vers le zéro déchet c’est aussi amener son organisation à changer. Si la bouteille d’eau en plastique était privilégiée parce qu’elle est une solution de facilité, elle n’est maintenant plus envisageable et elle doit être remplacée par de l’eau en carafe. Le processus de transformation prend du temps, surtout quand la réflexion est étendue à l’ensemble des produits de l’entreprise et que le modèle d’origine n’est pas construit autour d’une politique zéro déchet. Il est plus évident de partir de zéro pour rester à zéro.

Mathieu Labro et Alexis Lemeillet, co fondateurs, Take a Waste

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